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Les entreprises zombies, grandes gagnantes de l’épidémie, Gestion-trésorerie

Les entreprises zombies, grandes gagnantes de l'épidémie, Gestion-trésorerie

Pour l’instant, tout va bien. Les entreprises résistent à la pire crise économique jamais subie en temps de paix. En France, depuis un an, elles ont été un tiers de moins à connaître une défaillance (chiffre sur douze mois à fin septembre, comparé aux douze mois précédents).

Heureuse surprise

Tout va bien, mais en trompe-l’oeil. La chute des défaillances d’entreprise s’explique par deux raisons qui ne pourront pas s’éterniser. D’abord, les tribunaux de commerce ont fermé leurs portes au printemps pour cause de confinement et la législation a été adaptée. Le nombre de problèmes enregistrés a donc mécaniquement reculé (tout comme le taux de chômage, celles et ceux qui avaient perdu leur emploi n’étant pas en mesure d’en chercher un et n’étant donc pas comptés comme chômeurs).

Les entreprises zombies, grandes gagnantes de l’épidémie

Ensuite, le gouvernement a décidé un train de mesures pour limiter la casse engendrée par l’épidémie et le confinement : report des paiements d’impôts et de cotisations sociales, prêts garantis par l’Etat (PGE), chômage partiel… Des entrepreneurs ont même eu l’heureuse surprise de recevoir de l’argent versé par l’Etat sans l’avoir demandé, ce qui révèle au passage un bel effort d’adaptation du ministère des finances. Ces mesures ont laissé à beaucoup d’entreprises de quoi résister à la dégringolade de leur chiffre d’affaires.

Oxygène inespéré

C’est salutaire. Sans ces dispositifs, des milliers de firmes en pleine forme auraient disparu, entraînant une destruction massive d’emplois et la mise au rebut de nombreuses machines. Mais ça pourrait aussi devenir ennuyeux. Car des milliers d’autres, déjà affaiblies avant l’épidémie, vont vivoter au lieu de s’éteindre. Elles vont devenir des zombies. Or il y en avait déjà beaucoup. Et ce n’est pas bon pour l’économie.

Une entreprise zombie est une entreprise qui continue à vivre alors qu’elle aurait dû mourir. Les économistes ont commencé à s’y intéresser au Japon, dans les années 1990. L’explosion ravageuse d’une bulle boursière à la fin des années 1980 avait amené la banque centrale à réduire fortement ses taux d’intérêt, ce qui a allégé les charges financières des entreprises. Cet oxygène inespéré a permis à certaines d’entre elles de survivre. A court terme, c’est une bonne nouvelle pour leurs salariés. Mais les ressources qui continuent d’aller vers ces entreprises ne vont pas à d’autres, plus efficaces, qui pourraient apparaître puis grandir. La destruction créatrice décrite par l’économiste Joseph Schumpeter est enrayée.

Moins d’embauches, moins d’investissements

Pour certains économistes, la multiplication des firmes zombies est l’une des causes du ralentissement de la productivité observé ces deux dernières décennies. « La prévalence des entreprises zombies et les ressources qui y sont renfermées ont augmenté depuis le milieu des années 2000, soutient un document de recherche publié par l’OCDE, le cercle de réflexion des pays avancés. L’augmentation de la survie de ces entreprises à faible productivité, au bord de la sortie, accroît la congestion du marché et limite la croissance des entreprises plus productives. »

Deux experts de la Banque des Règlements internationaux, Ryan Banerjee et Boris Hofmann, ont étudié les entreprises zombies dans 14 pays avancés. Ils ont examiné les performances des entreprises cotées dont les profits ne suffisent pas à couvrir les intérêts dus sur leur dette, et peu valorisées en Bourse par rapport à la valeur de leurs actifs. Leur constat est sans appel : elles sont moins productives, moins profitables, embauchent et investissent moins.

Toujours plus de zombies

Et elles étaient déjà de plus en plus nombreuses avant la pandémie. En un quart de siècle, leur proportion est passée de 4 % à 15 % du total des entreprises étudiées. Elle peut même atteindre 30 % dans des pays anglo-saxons, où les PME sont plus souvent cotées en Bourse. « En Europe continentale, la part des zombies est plus faible, de 10 à 15 %, et a stagné ou diminué depuis la grande crise financière. A l’exception de la France, où la part a plus que doublé depuis 2008. » Atteignant 16 % en 2017.

La proportion d’entreprises zombies

La pandémie a tendu la situation financière. D’après une simulation sur l’ensemble des entreprises, Paloma Lopez-Garcia, de la Banque centrale européenne, estime que 6 % des firmes françaises risquaient de ne pas avoir assez de liquidités au pic de la crise, et 15 % d’être en fonds de roulement négatif. Ces proportions auraient tourné autour de 20 % sans le chômage partiel.

L’arrêt du robinet budgétaire va donc être très délicat. Quand l’activité repartira de manière solide, il faudrait en théorie choisir les entreprises à sauver. En distinguant selon les secteurs – les hôteliers qui ont dû fermer leurs portes à cause des confinements n’ont pas vécu les mêmes contraintes que les prestataires informatiques, qui en ont profité. Mais en pratique, l’Etat ne sait pas faire ce tri et les banques auront du mal. Le plus probable est donc une sortie de crise avec toujours plus d’entreprises zombies. Et donc une croissance toujours plus entravée.

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