Menu

protection anticrise, source de cohésion et inspiratrice de rebond, Management

protection anticrise, source de cohésion et inspiratrice de rebond, Management

Le Social Bar est un établissement parisien du 12e arrondissement, situé entre la gare de Lyon et la gare de Bercy, dans un coin ni passant ni touristique. Malgré les confinements et périodes de couvre-feu successifs, l’entreprise a ouvert son second établissement à Strasbourg à la fin octobre 2020. Et son objectif est toujours le même : ouvrir 25 nouveaux bars dans les cinq années à venir. Cela paraît difficilement croyable ! Et pourtant…

Pour financer ce développement, le Social Bar a bouclé, en octobre 2020, une levée de fonds de 1,5 million d’euros avec quelques-uns de ses actionnaires initiaux (175 particuliers surnommés les « copatrons »), un fonds d’investissement et une quinzaine de business angels.

Bien sûr, le projet évolue au fil des mois et des événements. Mais l’entreprise fondée en 2016 par deux entrepreneurs, David Rivoire et Renaud Seligmann, parvient à garder le cap. En se détachant de l’offre (un bar) pour se concentrer sur ce qui les anime (la convivialité), les fondateurs ont réussi à diversifier l’activité tout en restant cohérents.

Le Social Bar est un exemple particulièrement intéressant pour illustrer
l’importance d’incarner une raison d’être
et comment cela facilite la résilience en temps de crise.

Le pourquoi est un outil puissant de management et de marketing

La raison d’être est un concept introduit en droit par la loi Pacte. Il est défini dans le rapport
« Entreprise et mission d’intérêt général », de Jean-Dominique Senard et Nicole Notat
, remis en 2018 au gouvernement et qui a précédé la loi. Ce rapport parle de « doute existentiel ». La raison d’être d’une entreprise vient exprimer « pourquoi elle existe ». Cette notion se concentre donc sur ce à quoi l’on souhaite servir plutôt que sur le produit ou le service qu’on propose.

Ainsi, Patagonia est plus qu’une simple marque de vêtements de sport, c’est une entreprise qui existe « pour sauver la planète » ; la SNCF pour « apporter à chacun la liberté de se déplacer facilement en préservant la planète » ; Decathlon pour « rendre durablement le plaisir et les bienfaits de la pratique du sport accessibles au plus grand nombre ». Bien avant que la raison d’être devienne une obsession des entreprises en France, la vidéo TED Talks, datant de 2009, « Start With Why », de Simon Sinek, était déjà très populaire dans l’univers de l’entrepreneuriat.

Simon Sinek : comment les grands leaders inspirent l’action

 

L’auteur et conférencier britannique y explique que les entreprises ont l’habitude de communiquer ce qu’elles font (le quoi), mais rarement ce qui les anime (le pourquoi). Alors que ce
« why » génère engagement et loyauté chez les clients et les salariés
. Le coeur de son propos consacre surtout la puissance marketing du « pourquoi » en élaborant l’exemple d’Apple et en martelant la phrase : « Les gens n’achètent pas ce que vous faites, mais pourquoi vous le faites. »

Plus qu’un bar, un laboratoire de convivialité

La possibilité d’utiliser cette raison d’être comme un outil de communication fait qu’il est parfois difficile de vérifier qu’elle est sincère. Pourtant, quand c’est le cas, la raison d’être se révèle bien plus puissante. En ce qui concerne le Social Bar, la démarche est authentique avant d’être stratégique et elle est même plus personnelle que rationnelle. Le point de départ était une question : « comment faire pour que des gens qui ne se connaissent pas osent se parler ? » Et la réponse : la convivialité.

Renaud Seligmann le résume parfaitement : « Toute ma vie, quand il y avait des soirées, des événements, je me suis occupé de l’accueil et de m’amuser à faire se rencontrer des gens, surtout quand c’était improbable. La convivialité, c’est une énergie hyperpuissante et contagieuse ! » Le Social Bar est donc « plus qu’un bar ». Il se définit comme un « laboratoire de convivialité ». Sa raison d’être (ou obsession, selon les propres mots de l’entreprise) est que « l’espace (entreprise, espace public, bars) redevienne un lieu de sociabilité ». C’est le point de départ de l’aventure, mais aussi l’expression de ce qui continue à animer le projet au quotidien. Le bar n’est finalement qu’une solution.

Cette authenticité de la raison d’être a notamment rendu beaucoup plus facile la diversification. Le confinement n’en a pas été le déclencheur. Le mouvement avait démarré bien avant cette année 2020 avec une offre « hors les murs » qui transpose l’esprit « Social Bar » dans des lieux publics et des organisations, pour animer des événements et des séminaires. Plus surprenant, le projet inclut une école pour former des « agents de convivialité, des personnes à haute chaleur ajoutée »

. Face aux contraintes liées à la crise sanitaire, la raison d’être a permis de se réinventer et d’aller plus loin, pour résister aux aléas dans au moins trois directions.

Renaud Seligmann, un des fondateurs du Social Bar dont le projet est d’ouvrir 25 établissements en France.
– Francis Azevedo / Social Bar

1. Une source d’énergie pour rester motiver

L’entrepreneuriat est notamment une question d’endurance face aux difficultés. Puisque la raison d’être est l’expression des convictions et aspirations intimes, elle est une importante source de motivation et d’énergie, bienvenue lorsque l’équipe doit faire face à une crise telle que celle du Covid. Pour le Social Bar, le coeur de business (le bar) a fermé, mais la mission que l’entreprise s’est donnée est toujours aussi cruciale, même en cette période.

« D’abord on s’est dit que c’était vraiment problématique ! explique Renaud Seligmann. On devait fermer nos bars et mettre fin à l’événementiel tel qu’on le faisait. Et puis entendre parler toutes les cinq minutes de distanciation sociale nous rendait un peu dingues. On comprend la distanciation physique, mais ça fait quatre ans qu’on se bat justement contre la distanciation sociale ! »

2. Un levier de créativité pour se diversifier et évoluer

Ne pas voir le bar comme une finalité, mais comme un moyen a été un élément clé pour se réinventer tout en restant cohérent. Cette prise de distance libère les idées en intégrant les nouvelles contraintes. Elle priorise et simplifie pour pouvoir se concentrer sur le plus important. Résultats : une coupe du monde du confinement (compétition de défis solidaires, conviviaux et absurdes à faire depuis chez soi), le Social Phone (passer des coups de fil humains et chaleureux à des personnes isolées), le Social Bar 2.0 (le bar digital animé par la communauté pour le grand public et proposé à des organisations pour des temps de convivialité et des séminaires).

« Comme souvent, la contrainte énorme a été une sorte d’opportunité et on a su se réinventer sans se trahir, ajoute le cofondateur du Social Bar. On a gardé la même mission : créer et maintenir du lien chaleureux et joyeux entre les gens avec simplement une nouvelle contrainte – la distance physique -, et notre expertise et notre imagination pour trouver des solutions ! »

Lire aussi :

La cheffe derrière ses fourneaux, même pendant la fermeture du restaurant

3. Un élément fédérateur d’une communauté solidaire

Historiquement, le pourquoi du Social Bar a permis de fédérer la communauté des copatrons pour permettre l’ouverture du bar. Ces fondateurs ont à nouveau été solidaires pendant cette crise pour donner des idées, proposer des prospects ou animer des temps en ligne. En plus de cette première communauté, la raison d’être a aussi facilité des partenariats, basés sur des ambitions communes, pour construire des projets ou mutualiser des ressources, par exemple avec les courses Mad Jacques, qui facilitent les rencontres par des défis et aventures, ou avec Entourage et Paris en compagnie, qui luttent contre l’isolement des sans-abri et des anciens.

Après un deuxième confinement et une ouverture encore repoussée, la situation n’est évidemment pas idéale. Le Social Bar a bénéficié des aides de l’Etat pour compléter les revenus générés par les activités restantes : le Social Bar 2.0 et l’école de la convivialité. Pour autant, cet exemple nous montre que, dans un secteur pourtant très fortement impacté par la crise, être « bien plus qu’un bar » permet de continuer même dans des temps difficiles.

La raison d’être peut être un puissant outil qui ne se résume pas à du storytelling et de la communication. Et si, vous aussi, vous preniez le temps de vous demander en quoi votre projet est-il bien plus que la solution ou le service que vous proposez ?

L’AUTEUR

Maxime Barluet de Beauchesne est facilitateur, mentor pour start-up et professeur en écoles et universités. Ses sujets de prédilection sont la raison d’être des organisations et les valeurs de l’équipe. Il est le créateur de Contes à rendre pour interroger l’influence de nos imaginaires collectifs sur l’entreprise et notre capacité à la faire évoluer.

Related Posts

LEAVE A COMMENT

Make sure you enter the(*) required information where indicated. HTML code is not allowed

CAPTCHA ImageChange Image