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Une de Entrepreneur France

« Avec zéro chiffre d'affaires, impossible de payer les loyers », Gestion-trésorerie

« Avec zéro chiffre d'affaires, impossible de payer les loyers », Gestion-trésorerie

En 2020, notre chiffre d’affaires a chuté de 52 % par rapport à 2019. A part quelques semaines pendant l’été, nous sommes fermés depuis la mi-mars. Et nos 20 salariés, dans nos cinq agences John Doe à Nantes, Bordeaux, Lyon, Strasbourg et Lille, sont tous au chômage partiel longue durée. Bien sûr, nous avons proposé des escape games via Internet, à faire à la maison. Mais cela n’a pas du tout compensé la perte d’activité. Les mois de fermeture, cela nous a rapporté moins de 1 % de notre chiffre d’affaires habituel.

Nous avons brûlé toute notre trésorerie pendant le premier confinement. En septembre, nous avons contracté un PGE de 400.000 euros, ainsi qu’un prêt tourisme de 200.000 euros auprès de bpifrance. Fin janvier, la moitié de ces sommes s’est déjà envolée en remboursement de créances, mais surtout en charges. Et si nous bénéficions du  fonds de solidarité à hauteur de 10.000 euros pour chacune des cinq agences, soit 50.000 euros par mois, le versement de cette aide à du retard. A la mi-janvier, nous attendions encore le paiement pour novembre.

Les loyers plombent la trésorerie

Notre objectif, aujourd’hui, c’est la survie. Nous avons décidé de bloquer le paiement de toutes nos charges. Tant pis si cela complique notre réouverture quand elle sera autorisée. Notre principal poste de dépenses, c’est l’immobilier. On a tenté de négocier des annulations de loyers, ou au moins des reports, auprès de nos bailleurs. Mais eux aussi ont des prêts à rembourser, et certains de leurs locataires ont déjà stoppé leurs versements. Un seul nous a fait grâce d’un mois de loyer ; deux autres ont accepté un report échelonné.

Avec quasiment zéro chiffre d’affaires depuis plusieurs mois, on ne tiendra pas longtemps. Nous allons donc arrêter de verser les loyers. Nous avons déjà étudié la possibilité de nous protéger juridiquement. Le tribunal de commerce peut obliger à un report avec étalement des impayés.

Perte de confiance des banques

Notre principal problème, c’est l’absence de visibilité sur une date de réouverture. On table sur mars, mais c’est assez optimiste. Ce qui est sûr, c’est que si on n’a pas rouvert en juin, ça va devenir très compliqué… Les banques le comprennent bien. Lors du premier confinement, elles ont accepté sans problème un report de six mois des mensualités de nos différents prêts. Et avant le second confinement, elles nous ont accordé un PGE sans discuter.

John Doe a lancé des escape games à faire en famille à la maison

 

Aujourd’hui, les banques refusent un nouveau décalage des mensualités de prêt. Pire : alors que nous sommes éligibles à un prêt « saisonnier » de 170.000 euros, elles nous le refusent en nous disant textuellement : « Vous n’allez pas pouvoir rembourser. » Elles n’ont plus confiance. C’est comme si elles nous avaient déjà enterrés.

Une reprise en mode dégradé

Même si nous pouvions rouvrir en mars, les stigmates de la crise perdureraient au minimum jusqu’en 2023. Car la reprise sera sans doute plus lente qu’on ne l’espère. Il est certain que notre activité team building continuera à distance pendant un moment. Les entreprises voudront limiter les risques tant que le Covid sera là. Quant aux particuliers, même s’ils auront certainement hâte de s’amuser dès la réouverture, ils seront peut-être eux aussi frileux à l’idée de venir à plusieurs dans un endroit clos…

Pour l’avenir, nous allons revoir nos ambitions à la baisse. Nous avions prévu l’ouverture d’une salle à Paris. Il est clair que cela ne pourra pas se faire en 2021. Peut-être plus tard… Il est probable que certaines salles parisiennes d’escape game ferment en raison de la crise. Cela pourrait nous donner des opportunités de rachat à moindre coût, si nous surmontons nous-mêmes cette crise.

 

Solidarité avec les entrepreneurs
Dans cette période difficile, les entrepreneurs et dirigeants de TPE-PME ont plus que jamais besoin d’être accompagnés. Le site Les Echos Entrepreneurs apporte sa contribution en proposant informations et témoignages gratuitement pour les prochaines semaines. Pour rester informés de l’actualité entrepreneurs et startups, pensez à vous abonner à notre newsletter quotidienne et/ou à la newsletter hebdomadaire Adieu la crise !

La Clayette distribue des produits frais dans un kiosque à journaux, Le Lab/Idées

Au kiosque de la place Aristide-Briand, à Meudon (Hauts-de-Seine), les passants ne viennent plus acheter leurs journaux. Depuis le 10 janvier, ils font la queue pour acheter des produits fermiers. Cette transformation est l’oeuvre de Médiakiosk, filiale de JCDecaux, propriétaire du kiosque, en association avec la start-up « La Clayette ».

Le kiosque abrite désormais 76 casiers réfrigérés et connectés qui offrent un large choix de produits frais : fruits, légumes, oeufs, mais aussi des paniers « apéro » avec du saucisson, du jus de pomme et des chips. En tout, une dizaine de formules entre 4,90 euros, pour la boîte de douze oeufs et 12 euros pour le panier apéro.

Un idée du fondateur de La Clayette

L’utilisation est simple : les consommateurs sélectionnent et achètent le panier qui les intéresse grâce à un terminal de paiement. Le casier choisi s’ouvre et ils peuvent récupérer leur contenu. Il leur est simplement demandé de laisser sur place la « clayette », sorte de cageot qui contient les légumes, pour rester dans une démarche zéro déchet. Le kiosque est ouvert tous les jours et s’est adapté aux horaires du couvre-feu : il est opérationnel entre 6 heures du matin et 18 heures.

Le fondateur de la start-up La Clayette, un jeune diplômé d’école d’ingénieur, Nicolas Drique, a investi 40.000 euros dans le projet après une étude de marché. Persuadé qu’il était possible de développer une offre de produits en circuit court à prix raisonnable, il a contacté la société Mediakiosk qui lui a proposé de louer le kiosque de Meudon. « Depuis le début du confinement, on observe un changement de paradigme. Les gens veulent davantage s’approvisionner en circuit court », assure Marc Bollaert, directeur de Mediakiosk

L’entreprise cherche par ailleurs depuis plusieurs années à diversifier son activité. Sur les 780 kiosques qu’elle gère dans l’Hexagone, 647 vendent des journaux. Les 133 autres proposent différents services : conciergerie de quartier, restauration rapide, fleuristes, torréfacteurs… La Clayette est le premier kiosque distributeur de fruits et légumes.

Circuit-court : un seul intermédiaire entre producteurs et consommateurs

Et c’est un succès : depuis son ouverture le 10 janvier dernier, 900 clients sont venus faire leurs provisions à La Clayette. Il est donc urgent pour Nicolas Drique de trouver un salarié pour l’épauler. Pour le moment, c’est lui qui assure l’approvisionnement de la Clayette, trois fois par semaine. Il se déplace lui-même jusqu’aux producteurs, pour la plupart situés en Eure et Loire, ou dans la Somme.

Une manière, selon lui, de recréer du lien, malgré l’aspect désincarné du distributeur automatique : « On supprime la proximité entre consommateur et commerçant, admet-il, mais on en crée une nouvelle avec le producteur en supprimant les intermédiaires ». Si le succès de la Clayette de Meudon se confirme, l’entrepreneur espère ouvrir d’autres kiosques sur le même modèle.

L’utilisation est simple : les consommateurs sélectionnent et achètent le panier qui les intéresse grâce à un terminal de paiement.Patrice Quillet

3 anciens salariés français devenus entrepreneurs, La communauté

3 anciens salariés français devenus entrepreneurs, La communauté

Il y a peu de start-up qui ont autant marqué les esprits qu’Uber – pour le meilleur et pour le pire. La société de VTC a grandi vite et a naturellement attiré les talents. A l’image de Florent Crivello, qui a quitté l’ogre californien pour fonder Teamflow, plusieurs autres ex-Français d’Uber ont tenté l’aventure en solo.

Denis Saada veut favoriser les mobilités alternatives

L’expérience a été courte mais marquante. En 2019, Denis Saada a été le « head of cities » d’Uber. Dans le cadre de ses activités, il a suivi de près la loi d’Orientation des mobilités (loi LOM), qui a permis la création du forfait mobilité durable. Un nouveau marché s’ouvrait et le diplômé de Science Po a décidé de fonder Betterway : une solution de paiement qui donne accès aux salariés à toutes les options de mobilité douces pour leurs trajets du quotidien (vélo, trottinette électrique, covoiturage, etc.).

« On travaille avec une quinzaine de sociétés, dont Back Market, Vinci Construction ou Allianz », explique le patron. Betterway, qui a surfé ces derniers mois sur l’extraordinaire engouement pour le vélo, vient de lever 1,5 million d’euros. « La période du Covid a fait changer durablement les habitudes de transport des citoyens », se réjouit l’entrepreneur.

Alexandre Molla veille à la protection des vélos

Quand il travaillait chez Uber, Alexandre Molla a participé à l’expansion de la société californienne en France et en Suisse. Mais sa rencontre avec Nicolas Louvet, directeur du cabinet 6t, l’a poussé à fonder la start-up Sharelock.

« Sharelock est le premier réseau de cadenas sécurisés pour vélo, accessible via une application et moyennant un abonnement, explique le chef d’entreprise. Bourrée de technologies, cette solution vous avertit en cas de tentative de vol et déclenche une assurance automatique en cas de vol avéré. » La jeune pousse expérimente ses cadenas connectés à Rouen et son patron est convaincu que cette solution va permettre de débloquer massivement l’usage du vélo dans les prochains mois.

Hardik Thakkar, de la mobilité au monitoring informatique

Ingénieur de formation, Hardik Thakkar avait été marqué par une panne qui avait paralysé les opérations d’Uber en Angleterre, où il était en charge du lancement de nouvelles villes. En 2018, ce Franco-Indien a décidé de cofonder PacketAI. Cette société édite une solution de monitoring informatique basée sur le deep learning. « Nous utilisons l’intelligence artificielle afin de mieux anticiper les accidents et de les réparer ensuite », souligne l’entrepreneur. La société, qui a levé 2,1 millions d’euros en 2019, compte 14 salariés et est principalement sollicitée par des ingénieurs en entreprise.

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Bras de fer autour de l'exploitation de la source d'eau corse, Success Story

Bras de fer autour de l'exploitation de la source d'eau corse, Success Story

Un conflit empoisonne les négociations sur l’avenir de la source corse Orezza. Le contrat de location gérance qui lie l’exploitant de la source d’eau pétillante et la collectivité unique de Corse arrive à échéance dans un mois. Les employés protestent contre ces incertitudes.

Au coeur de la Castagniccia, coule la pétillante Orezza depuis Rapaghju, petit village de la Haute-Corse, qui abrite la source. Ce fleuron de l’économie locale qui a dégagé en 2018 un chiffre d’affaires de plus de 9 millions d’euros, impose ses bulles sur les plus prestigieuses tables. Mais ces dernières semaines, son avenir commercial est plus incertain.

La trentaine de salariés de l’usine de production et les élus locaux voient se rapprocher avec inquiétude d’ici un mois la fin du contrat de location-gérance qui lie la Collectivité de Corse, propriétaire de la source, et la société nouvelle d’exploitation des eaux minérales d’Orezza (SNEEMO) de la femme d’affaires Marie-Laurence Mora. Il y a quelques jours, un conflit social éclatait au sein de l’entreprise et la chaîne de production était mise à l’arrêt. Les salariés grévistes ont interpellé les élus régionaux qui ne parviennent pas à résoudre le dossier.

La collectivité souhaite plus de retombées économiques locales

Son histoire ressemble à un long feuilleton depuis qu’en 1998, le Conseil général de la Haute-Corse, qui possédait alors le site, a donné la concession de service public d’une durée de 20 ans à la SNEEMO. Ce statut juridique a changé en 2017 pour un contrat de location-gérance de 18 mois conclu avec la toute récente collectivité unique de Corse. Entre-temps, l’activité a prospéré et l’exploitation s’est étendue sur des terrains privés appartenant notamment à la famille Mora.

Ce foncier est depuis devenu le sujet d’un bras de fer autour de l’avenir de l’usine car la volonté de la collectivité de remettre en jeu l’exploitation est conditionnée à la reprise des terrains. Le montant de cette transaction s’élèverait à près de 3 millions d’euros.

Face au désaccord sur le foncier et devant la fin du contrat, la région et Marie-Laurence Mora tentent maintenant de renouveler l’exploitation pour 4 ans de plus. Mais la région ajoute pour conditions que l’exploitant maintienne les emplois et que la microrégion bénéficie davantage du ruissellement économique de la source. Un échec des discussions signifierait l’interruption de la production et la mise au chômage des salariés. Un coup dur pour les communes rurales aussi.

Les négociations semblent pour l’heure mal engagées. « Après avoir soufflé le chaud et le froid et nous avoir paralysé dans les recherches d’une solution alternative des moyens de production, la SNEEMO est revenue sur ses engagements en refusant de signer le renouvellement du contrat de location-gérance. On se retrouve confronté à une situation difficile », souligne Gilles Simeoni, le président de l’Exécutif de Corse. Le conseil de la SNEEMO n’a pu être joint. Si les salariés de l’usine ont repris le travail jeudi 28 janvier 2021, les inquiétudes demeurent.

ces start-up qui proposent des bureaux virtuels, Le Lab/Idées

ces start-up qui proposent des bureaux virtuels, Le Lab/Idées

Au rythme où vont les choses, certains salariés vont finir par oublier l’adresse de leur bureau. Car cela fera bientôt un an que le télétravail est devenu la norme. Une situation inédite qui a poussé une société comme Twitter à autoriser le télétravail… à vie !

Il est trop tôt pour savoir si ce bouleversement permettra des gains de productivité ou finira par épuiser les managers et leurs employés. En attendant, une kyrielle de start-up ont développé des bureaux virtuels reproduisant des espaces de travail familiers à des millions de personnes (salles de réunion, open space, etc.) et connaissent un succès croissant.

« On pense que le travail à distance sera l’une des tendances les plus durables des prochaines décennies. Aucune industrie n’est épargnée par le phénomène », observe Florent Crivello, le fondateur de TeamFlow, qui vient de lever 3,9 millions de dollars. Installé à San Francisco, cet ancien de chez Uber a créé un bureau virtuel car il souhaitait faciliter le travail en équipe et n’était pas satisfait des performances d’outils comme Slack, Microsoft Teams ou Zoom.

Utilisation pendant plusieurs heures

A chaque réunion sur Zoom, il faut par exemple veiller à éteindre son micro sous peine de recevoir une volée de bois vert des collègues. En outre, le service devient payant au bout de 40 minutes et ne permet pas de travailler facilement de façon collaborative.

C’est tout le contraire sur TeamFlow. Une fois connecté, le salarié peut déambuler dans les couloirs du bureau virtuel avec son avatar. Dès qu’il s’approche d’un collègue, la caméra et le son s’allument et les deux collaborateurs peuvent échanger instantanément en visioconférence – pas besoin d’envoyer une invitation.

Les utilisateurs peuvent s’installer dans une salle de réunion virtuelle pour une discussion privée ou s’affaler sur des canapés pendant la pause cigarette et se raconter les derniers potins. « 24 % de nos utilisateurs nous utilisent plus de neuf heures par jour », affirme Florent Crivello.

La start-up TeamFlow a été fondée par un Français installé à San Francisco.

Si TeamFlow s’efforce de créer un univers professionnel sérieux, des concurrents ont imaginé des bureaux virtuels beaucoup plus ludiques. C’est le cas de Branch, qui a été développé par deux amateurs de jeux vidéo, ou Gather Town, dont l’univers graphique rappelle les jeux Nintendo des années 1990.

Créé avant le début de la pandémie du Covid-19 par Philip Wang, un spécialiste américain des relations sociales, Gather Town permet de se déplacer dans des bureaux labyrinthiques, de partager des documents, d’échanger à l’écrit via une messagerie ou de dessiner sur un tableau blanc. Entre deux réunions éreintantes, les utilisateurs peuvent même jouer au poker en ligne…

Echanges spontanés

L’outil se révèle très pratique pour les gros événements professionnels. « Cela permet d’avoir des interactions très spontanées. Des petits groupes peuvent s’auto-organiser et travailler ensemble », explique Joël Gombin, le fondateur de Datactivist, qui l’utilise à hautes doses avec ses clients et ses proches. « Lors de la journée de la data à Bercy, environ 300 personnes ont échangé sur Gather Town », rappelle-t-il. Le secrétaire d’Etat au Numérique, Cédric O, faisait partie des utilisateurs.

Gather Town a un design inspiré du retrogaming

Dans le même registre, la société française The Coding Machine a créé le logiciel Work Adventure, dont le design est inspiré de ses propres bureaux parisiens. Work Adventure a la particularité de fonctionner en open source.

Résultat : chaque utilisateur peut créer la carte de son bureau virtuel et son personnage. Cet outil en 2D, qui ravive les souvenirs des amateurs des vieilles consoles de jeux, a par exemple séduit les employés de Société Générale, mais est également utilisé à des fins récréatives ou spirituelles. « Une église allemande a organisé son culte sur Work Adventure », sourit Jean-Guillaume Dujardin, le patron de The Coding Machine.

Modèle économique basé sur l’abonnement

La société a lancé une version gratuite de son logiciel, mais travaille sur une formule d’abonnement de 5 euros par mois et par salarié. « On a lancé les inscriptions il y a une semaine et on a déjà plus de 600 demandes », précise Jean-Guillaume Dujardin. « On veut réenchanter le télétravail », s’enthousiasme Grégory Rocher, le responsable commercial de la société.

Le produit de TeamFlow est un peu plus coûteux car, au-delà de cinq utilisateurs, il faut débourser 15 euros par mois et par employé. Alors que l’arrivée de nouveaux variants devrait prolonger le télétravail pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, Florent Crivello est convaincu que de plus en plus d’entreprises seront prêtes à mettre la main au portefeuille afin de rendre le télétravail plus efficace et distrayant. Au point de renoncer un jour aux bureaux physiques ? « On est beaucoup moins cher qu’un bureau qui coûte 800 dollars par mois et par salarié à San Francisco », glisse malicieusement le jeune patron.

Solidarité avec les entrepreneurs
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« Le marché va rebondir, il ne faut pas paniquer », Gestion-trésorerie

« Le marché va rebondir, il ne faut pas paniquer », Gestion-trésorerie

Selon vous, sur quoi doivent se concentrer en priorité les dirigeants d’entreprise ?

Ils doivent se focaliser sur l’opérationnel, et faire des prévisions d’exploitation et de trésorerie pour évaluer les besoins financiers de leur société. C’est essentiel. Les entrepreneurs doivent également s’informer sur tous les mécanismes qui existent :
le prêt garanti par l’Etat (PGE)
bien sûr, mais aussi, jusqu’au 30 juin 2021, les avances remboursables jusqu’à 800.000 euros… Et, au-delà, les prêts à taux bonifiés, qui restent méconnus. Le montant de l’aide peut aller jusqu’à 25 % du chiffre d’affaires. Y sont éligibles les PME et les ETI qui n’ont pas obtenu de PGE suffisant pour financer leur exploitation.

Les commissaires à la restructuration et à la prévention des difficultés des entreprises, qui instruisent les dossiers, ont une enveloppe importante de 500 millions d’euros et rencontrent de réelles difficultés à octroyer ces avances car les entrepreneurs ne se saisissent pas de ces dispositifs. Au 31 août 2020, plus de 48 millions d’euros de prêts bonifiés pouvaient encore être sollicités.

Il est fortement recommandé de se saisir de tous les mécanismes mis en place depuis le début de la crise sanitaire, quitte à ne pas les utiliser et à les rembourser ultérieurement, plutôt que d’attendre d’être en difficulté pour en faire la demande. Car dans ce cas, les banques risquent de refuser d’octroyer les aides.

Quels conseils pouvez-vous donner aux entreprises déjà fragilisées avant le confinement qui ne peuvent bénéficier de ces dispositifs ?

Les TPE et les PME qui n’ont pas pu obtenir de PGE peuvent se tourner vers les 
prêts participatifs FDES
. Ils ont pour objectif d’apporter des quasi-fonds propres qui viendront consolider à la fois la trésorerie et la structure financière de ces structures. Le gouvernement a décidé de les renforcer, car le Covid a accentué les difficultés de certaines entreprises.

Des dispositifs régionaux commencent également à voir le jour. Je pense par exemple au Fonds Renaissance, dans la région Centre-Val de Loire, ou encore au nouveau FE2T (Fonds entrepreneurial territorial de transformation) créé dans la région Hauts-de-France par Entreprises & Cités, le groupe IRD et l’IHEGC (Institut des hautes études en gestion de crise). J’incite vivement les entrepreneurs à consulter l’onglet « régions » dans les liens utiles figurant sur le site SOS Entreprises Coronavirus créé par l’ARE.

La clé pour s’en sortir n’est-elle pas de se reposer sur ses équipes ?

C’est évident. On le constate dans les entreprises. Le pilotage managérial se resserre. Certains dirigeants organisent des réunions par visioconférence avec le top management deux fois par semaine pour apprécier ce qui se passe sur le terrain. D’autres le font tous les matins à 8 h 30.

Le rôle des commerciaux est clé. Un chef d’entreprise ne doit donc pas hésiter à se confronter à la réalité des faits en partageant ses réflexions avec les forces commerciales, qui sont au contact des clients et sont à même d’évaluer plus facilement l’impact de la crise. En analysant la situation avec d’autres, il sera apte à prendre sereinement du recul.

Quelle communication conseillez-vous d’avoir ?

Il y a beaucoup d’incertitude dans les entreprises. Pour ne pas créer une situation de stress, dirigeants et équipes de management doivent rassurer. Les collaborateurs doivent avoir une vision stratégique claire et connaître les objectifs à remplir pour savoir où ils vont. Bien entendu, il faut que les efforts soient partagés entre tous. La direction et les managers doivent se montrer exemplaires. Si ces conditions sont réunies, on peut parvenir à mobiliser les salariés.

Le patron doit par ailleurs anticiper le plus possible la sortie de crise et imaginer différents scénarios, même s’il n’a pas d’idée précise de l’évolution de la situation. C’est essentiel. Malgré le contexte et l’incertitude, il faut absolument éviter de diminuer les équipes à toute force, sauf bien sûr si une telle réorganisation était prévue avant la crise car indispensable au redressement de l’entreprise.

Le marché va rebondir, il ne faut pas paniquer. Ceux qui s’en sortiront le mieux auront anticipé l’étape d’après et auront profité de la crise pour faire évoluer l’organisation et l’activité de leur entreprise.

Entrepreneurs en difficulté… où s’adresser ?

Sur les aides d’urgence : la direction générale des finances publiques (DGFiP) et l’Urssaf ont mis en place un numéro non surtaxé, le 0 806.000.245.Sur les dispositifs de prévention : les greffiers des tribunaux de commerce proposent des entretiens de prévention par téléphone au 01.86.86.05.78. Les administrateurs et mandataires judiciaires ont créé un service gratuit téléphonique via le Numéro Vert 0800.942.564.Après une liquidation : des associations épaulent les entrepreneurs pour les aider à rebondir. Second Souffle a ouvert un service d’écoute téléphonique au 06.22.63.43.59. 60.000 Rebonds propose trois heures de coaching par téléphone ou visioconférence. Inscription sur son site 60000rebonds.com. Les Rebondisseurs Français peuvent être contactés par e-mail : charly@lesrebondisseursfrancais.fr.
« Certains patrons deviennent anxieux, ils n'arrivent plus à se projeter », Efficacité personnelle

« Certains patrons deviennent anxieux, ils n'arrivent plus à se projeter », Efficacité personnelle

Le dispositif Apesa a été créé en 2013 par Jean-Luc Douillard, psychologue clinicien, et Marc Binnié, greffier associé du tribunal de commerce de Saintes (Charente-Maritime). Il s’appuie sur un réseau de sentinelles, des professionnels présents dans les tribunaux de commerce, qui alertent sur les situations les plus difficiles. Ces sentinelles orientent les entrepreneurs en souffrance qui le souhaitent vers des psychologues. Pendant le confinement du printemps, Apesa a créé un Numéro Vert d’urgence.

Le nombre d’alertes signalant des entrepreneurs en détresse a-t-il augmenté en 2020 ?

Du fait de la fermeture des tribunaux de commerce pendant le premier confinement, au printemps, nous enregistrons une nette réduction des alertes classiques lancées par les sentinelles. Nous en avions compté 673 en 2019, contre 482 en 2020. Mais il faut ajouter à ce bilan les alertes remontées via notre Numéro Vert, mis en place cette année, avec 1.609 sentinelles supplémentaires. Nous avons reçu un peu plus de 1.500 appels qui ont déclenché la prise en charge par des professionnels de 625 entrepreneurs. Au total, nous faisons donc face à une hausse du nombre d’alertes d’environ 50 %.

Quel est le profil type de l’entrepreneur en détresse en raison de la crise ?

Les profils restent plus ou moins les mêmes. Ce sont toujours des patrons de petites ou moyennes entreprises. Ce sont aussi, en grande partie, des entrepreneurs des secteurs les plus touchés par la crise : restauration, événementiel, esthétique, monde de la nuit… Mais on remarque aussi que ce ne sont pas forcément ceux qui sont le plus impactés économiquement.

Certains patrons qui s’en sortent plutôt bien n’arrivent plus à se projeter, au vu des nombreuses incertitudes liées à cette crise. Ils développent des troubles anxieux, au point parfois de créer des tensions jusque dans leur
entourage familial
. De ce fait, ils dorment moins. Pour moi, il s’agit là d’un indicateur majeur de détresse. Puis la fatigue s’installe, certains se mettent à boire un peu plus, d’autres à manger moins, certains ont des sautes d’humeur… Tous ces troubles peuvent nous éloigner de nos proches.

On rencontre aussi des entrepreneurs qui se sentent coupables de tenir le choc économiquement quand leurs pairs se dirigent vers la faillite, et d’autres qui ont peur pour leurs employés en chômage partiel et qui n’arrivent pas à gérer leur malaise.

Quels conseils donneriez-vous aux entrepreneurs actuellement en détresse psychologique ?

Il faut surtout qu’ils en parlent autour d’eux. Dans ce genre de situation, on a tendance à se refermer sur soi et c’est très mauvais. Mais cela ne suffit pas, car en général, les proches ont tendance à banaliser la situation, à dire : « Ne t’en fais pas, ça va aller
.
 »Le mieux est de rejoindre des réseaux de solidarité, ou de se rapprocher de professionnels qui vivent la même situation. Voire de consulter un médecin qui, lui, sait écouter, sans juger ni banaliser.

Enfin, il faut rester actif : continuer à investir pour développer son entreprise, faire des projets, y compris 
préparer un plan B
au cas où la crise ferait finalement couler votre entreprise. Et puis continuer le sport, créer du lien avec sa famille, ses amis, afin de réinvestir d’autres identités. Le plus grave serait de se retrouver seul si le scénario du pire se réalisait.

Aide psychologique pour entrepreneurs… Où s’adresser ?

Outre Apesa (0805.65.50.50), plusieurs associations proposent une aide ou une écoute psychologique aux entrepreneurs en difficulté, notamment SOS Entrepreneurs (06.15.24.19.77) et SOS Dirigeantes (06.40.66.09.89).

« Des patrons qui prévoyaient de rembourser font marche arrière », Gestion-trésorerie

« Des patrons qui prévoyaient de rembourser font marche arrière », Gestion-trésorerie

Face à une crise sanitaire qui ne s’améliore pas, les patrons sont-ils prêts à rembourser ?

La position des entreprises change au fil des semaines. Des dirigeants qui avaient prévu de rembourser font marche arrière face aux mauvaises nouvelles sur le front sanitaire et face à la perspective d’un troisième confinement. En septembre 2020, ils étaient 34 % à privilégier un remboursement au bout d’un an, comme cela était la règle au départ. En décembre, ce chiffre était tombé à 28 %. Et c’était avant l’arrivée des variants. Les patrons sont, certes, résilients, ils ne perdent pas courage, mais ils sont prudents. Beaucoup reportent donc d’un an par précaution. Nous leur conseillons de conserver toute la trésorerie possible.

Saluez-vous cette solution de différer d’un an supplémentaire le remboursement ?

Cette mesure est bonne car la crise sanitaire perdure et on manque de visibilité sur les prochains mois. La grande majorité des entreprises – celles qui sont fermées administrativement, bien sûr, mais pas seulement, leurs sous-traitants aussi et d’autres secteurs affaiblis – sont incapables de rembourser actuellement. Mais cette solution n’est pas anodine : elle augmente la probabilité de défauts sur ce prêt, avec un risque financier pour les banques et pour l’Etat, et donc le contribuable. Ces prêts sont fragiles. C’est du risque que l’on décale. Et pour l’entreprise, ce n’est pas anodin non plus, il faut quand même payer dès maintenant les intérêts bancaires et la garantie de l’Etat, même s’ils sont bas. Et les patrons qui décalent leur remboursement d’un an supplémentaire devront in fine le rembourser sur quatre ans.

La CPME demande un autre PGE, qui serait un « prêt de consolidation ». Vous redoutez encore ce « mur de la dette » ?

Ce mur de la dette et du financement est très inquiétant, car il risque non seulement de provoquer la faillite d’entreprises fragiles, mais il privera aussi d’oxygène celles qui ont un potentiel de rebond. Le premier PGE sert à financer des pertes. Mais il faudrait un autre PGE qui inclurait les dettes et les charges qui ont été reportées (loyers, charges sociales, etc.). La durée du remboursement me semble aussi trop courte. Cinq ans, c’est logique, quand il s’agit de rembourser un prêt qui nous a permis d’investir et donc de générer du chiffre d’affaires. Mais ce n’est pas le cas avec ce PGE qui finance des pertes.

Cet endettement risque-t-il de peser sur la reprise des entreprises ?

Oui, clairement. C’est une grande crainte. Au moment de la reprise, l’entreprise va devoir refinancer son besoin en fonds de roulement pour acheter de la matière première, payer ses clients, payer ses salariés… Si on demande à ce moment à l’entreprise de rembourser son PGE, mais aussi ses charges qui ont été reportées, on entre dans un cercle mortifère. Il ne faut pas priver les entreprises de la trésorerie dont elles auront besoin au moment de la relance, sinon la mesure aura été complètement contre-productive.

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trois « dossiers chauds » des entrepreneurs, Social et RH

trois « dossiers chauds » des entrepreneurs, Social et RH

Préserver le cash

Maintenir sa trésorerie à flots, c’est la priorité du moment pour toutes les entreprises fermées et au ralenti. Mais quand le chiffre d’affaires ne rentre plus, comment continuer à payer ses charges, ses prêts, ses loyers ? Ne plus honorer ses factures est tentant. « Un mauvais réflexe… à déconseiller, estime Lionel Canesi, président national de l’Ordre des Experts-Comptables. C’est le meilleur moyen de se griller avec des entreprises dont vous aurez besoin à la reprise ».

Fonds de solidarité, PGE, chômage partiel … l’entreprise a tout intérêt à déclencher ces dispositifs d’aides. Mais si le
fonds de solidarité
qui est une subvention, peut servir à régler les charges fixes, les prêts d’urgence sont eux à manier avec précaution. Leurs remboursements pourraient réduire les capacités d’investissement en sortie de crise.

Ainsi, attention de ne pas trop puiser dans le PGE
. Car au moment où il faudra relancer la machine, la plupart des entreprises ne pourront sans doute compter que sur leurs réserves. « A ce stade en effet, les banques auront durci les conditions de financement. Aller chercher du crédit sera plus compliqué », prédit Lionel Canesi.

Soutenir ses employés

Grâce au chômage partiel, les entreprises les plus touchées ont jusqu’à présent réussi à sauver de nombreux emplois. Pour les activités totalement fermées (restauration, salles de sport, discothèques) ou les commerces soumis au couvre-feu, le gouvernement prend en charge jusque 100 % de la rémunération des salariés au chômage.
Ce dispositif renforcé restera en vigueur
« tant que la crise durera », a déclaré la Ministre du Travail Elisabeth Borne.

Toutefois, dans d’autres secteurs, la règle a déjà changé : les salariés perçoivent 70 % de leur salaire brut (84 % du salaire net). Mais pour Lionel Canesi, l’employeur a tout intérêt à prendre en charge la différence s’il veut conserver ses collaborateurs. « Dans certains secteurs comme la vente, la restauration ou l’artisanat, les difficultés de recrutement sont réelles. Et si vous n’avez pas de gens formés et compétents sous la main, la reprise de l’activité sera compromise. ».

Numériser son activité

« Rien ne sera jamais comme avant. » La majorité des entrepreneurs le pensent. Exemple : les restaurateurs craignent que la généralisation du télétravail réduise la fréquentation dans certains quartiers ; et que
la vente à emporter et le « click and collect »
s’ancrent dans les habitudes des clients. Face à ces changements durables, 38 % des entrepreneurs déclarent que « leur activité doit se transformer ou évoluer », selon une enquête récente menée pour Initiative France*.

Dans le commerce ou les services, beaucoup ont décidé d’accélérer le basculement vers le numérique tout en conservant un lieu de contact physique. Vente en ligne, communication sur les réseaux sociaux, places de marché Web … les outils ne manquent pas. Mais comment faire face ? « Pourquoi ne pas recruter un digital native pour en tirer parti au maximum ? », suggère Pierre Goguet (CCI France). Plusieurs aides à l’embauche des jeunes sont ouvertes grâce au
plan « 1 jeune 1 solution »
: 4.000 euros pour un recrutement en CDI, et jusqu’à 8.000 euros pour un contrat d’alternance.

*enquête réalisée en ligne auprès 4.781 dirigeants d’entreprise du 26 novembre au 13 décembre 2020.

cinq stratégies de patrons de PME face au remboursement, Gestion-trésorerie

cinq stratégies de patrons de PME face au remboursement, Gestion-trésorerie

L’heure a sonné de décider du remboursement (ou non) de cette « bulle d’air » qu’a constituée, pour beaucoup de dirigeants, le prêt garanti par l’Etat (PGE) face à la crise. Les premières entreprises à avoir signé au début du confinement de mars ce type de contrat reçoivent depuis quelques jours une lettre de leur banquier leur rappelant que l’échéance de la première année approche.

Parfois pris par sécurité sans y toucher ou utilisé pour faire face aux charges fixes écrasantes et à l’absence de revenus, le choix de le rembourser un an après sa souscription ou de profiter de l’année de report annoncé par Bercy doit se prendre maintenant. Un choix parfois difficile face à une situation sanitaire qui ne s’améliore pas.

· Sofama (maroquinerie) va rembourser en mars « pour éviter le surendettement »

A l’annonce du premier confinement, Vincent Rabérin, Pdg ​de Sofama, a arrêté ses trois ateliers de maroquinerie et renvoyé chez eux 850 salariés dans l’Allier, la Loire et la Haute-Loire. Sans savoir pour combien de temps, avec toutes les craintes suscitées par ce virus inconnu. « J’ai écrit trois scénarios, raconte-t-il, pour un mois de non-activité, trois mois, et jusqu’à fin septembre, et les besoins de trésorerie correspondants. Combien je perdais et de combien j’avais besoin ». S’arrêtant sur la solution médiane, le fournisseur des plus grandes marques de luxe a sollicité trois PGE auprès de ses différentes banques (pour un total de 5 millions d’euros), pour réunir environ 8 % de son chiffre d’affaires et couvrir ainsi la non-activité. « Chacune m’aurait volontiers prêté la totalité, mais j’ai coupé la poire en trois pour ne contrarier personne », confie-t-il, non sans quelques arrière-pensées sur ses investissements futurs. « La confiance financière passe par de bonnes relations. »

Mais la reprise est intervenue plus vite que prévu : « Mon plan à trois mois était trop pessimiste, aujourd’hui, je suis même à 120 % ». Vincent Rabérin, qui n’a pratiquement pas touché à son matelas de secours, va donc rembourser intégralement ses PGE dès le mois de mars. « Je ne veux pas surendetter l’entreprise et mettre en péril des projets futurs à cause d’annualités de 350.000 euros. Je ne veux pas que, demain, mon banquier soit frileux à cause d’emprunts dont je n’ai plus besoin. Dans l’histoire de Sofama, cet épisode ne pèsera pas longtemps sur les comptes ». ​Avec les taux d’intérêt, cela lui aura coûté « peut-être une dizaine de milliers d’euros, car, dans la banque, le taux zéro n’existe jamais, glisse-t-il, mais quel confort. Quel que soit le coût marginal, ça m’a permis de dormir dans cette période. »

· Pour le camping La Roubine, « un matelas de sécurité à conserver vu le manque de visibilité »

Le camping 5 étoiles La Roubine, à Vallon-Pont-d’Arc, en Ardèche.

Comme si de rien n’était, Stéphane Martin sillonne les allées de son camping La Roubine pour « tout mettre en ordre » en attendant les touristes, au plus tôt en avril, date à laquelle il ouvre chaque année. « Il faut continuer l’entretien pour être prêt, même si nous n’avons aucune visibilité sur la date à laquelle nous pourrons rouvrir », explique-t-il. C’est justement pour assurer tous les travaux d’hiver que le gérant de ce camping 5 étoiles de 135 emplacements, situé à Vallon Pont d’Arc, en Ardèche, a mobilisé, dès le printemps dernier, deux PGE. « Un dans chacune de nos banques », précise-t-il. Soit, au total, 300.000 euros, auxquels il n’a pas touché pour l’instant.

« Cet argent m’a permis d’être un peu tranquille quand nous n’avions aucune certitude sur notre avenir. C’est un matelas de sécurité que je vais garder. Je rembourserai à partir de mars 2022 », affirme-t-il. En marge du PGE, il a également fait appel, dès le printemps dernier, au dispositif de chômage partiel pour ses 5 salariés permanents qui poursuivent leurs tâches seulement à mi-temps. « Nous avons travaillé normalement entre le 10 juillet et la fin août, mais sur l’ensemble de l’année 2020, nous perdons 30 % de nuitées », calcule Stéphane Moulin. Rompu à jongler avec une trésorerie qui « fait du yoyo », puisque le camping La Roubine n’est ouvert que 6 mois par an, Stéphane Moulin s’attend à une année 2021 pas plus favorable que la précédente au regard des réservations. D’ordinaire, elles commencent à arriver dès novembre, mais là, elles sont inexistantes « à part quelques habitués ». De quoi finir de le convaincre qu’il fait le bon choix en conservant ses PGE.

· XTreeE (impression 3D) : « En pleine reprise, rembourser maintenant nous aurait coupé les ailes. »

XTreeE réalise des ouvrages en impression 3D.

XtreeE, jeune entreprise francilienne fondée en 2015, et spécialisée dans l’impression 3D à grande échelle, est catégorique : « Nous ne rembourserons qu’à partir de mars 2022, comme Bercy l’a autorisé, c’est une bulle d’air dont nous allons profiter sans hésiter », confie Alban Mallet, son président.

Quand elle a sollicité le prêt auprès de deux banques en mars 2020, pour un montant de 600.000 euros, il n’y avait pas le choix, « c’était une question de survie ». Car, entre mars et septembre 2020, l’activité s’est arrêtée, dépendante des contrats de BTP. Et XtreeE a été confrontée à un report des opérations sur trois à six mois, même lorsque les chantiers ont repris. Mais comme beaucoup d’autres, l’entreprise voit son activité repartir depuis quelques mois. Un remboursement des mensualités viendrait douloureusement plomber ce rebond. « Nous avons repris des commandes, nous avons des frais pour acheter des matières, du matériel, faire travailler des salariés, et nous ne serons payés par nos clients que dans trois à quatre mois » détaille Alban Mallet. « Rembourser maintenant nous aurait coupé les ailes. »

Le PGE a été utilisé à ce jour aux deux tiers pour payer les charges fixes et certains salaires, l’entreprise ayant très peu eu recours au chômage partiel pour ses 13 salariés (uniquement pour deux personnes en avril et mai). Les loyers ont été reportés, ainsi que les crédits baux. « Grâce au PGE, nous avons pu continuer de financer nos projets de R & D », souligne aussi le dirigeant. La société, qui construit à l’aide de la 3D des pylônes télécoms pour la 5G, des maisons individuelles, ou du mobilier urbain, a pu aussi rassurer des investisseurs. Elle vient de finaliser une levée de fonds de 2 millions d’euros auprès de Lafarge Holcim, et d’anciens actionnaires (Vinci Construction et des investisseurs privés), qui l’appuiera notamment pour continuer à développer l’international. Elle a réalisé 700.000 euros de chiffre d’affaires en 2020, contre 1 million d’euros l’année précédente.

· Birdies (évènementiel) le remboursera en juin « sans y avoir touché »

Birdies propose un service d’hôtes et hôtesses d’accueil.

Le premier confinement a été un coup de massue pour Birdies, prestataire de services d’accueil. « Beaucoup de mes contrats ont été suspendus et j’ai perdu une grosse partie de mon chiffre d’affaires entre le 16 mars et la mi-mai », se souvient Karine Le Bossé, à la tête de l’entreprise depuis 2010.

Installée à Caen, mais présente aussi à Rennes (Ille-et-Vilaine) et à Boulogne-Billancourt (Ile-de-France), la société propose des hôtesses et des hôtes d’accueil pour 70 % de son chiffre d’affaires, 30 % se situant dans l’événementiel lors de congrès ou de Salons. Lorsque la crise sanitaire survient, Birdies (110 salariés et un chiffre d’affaires de 2,3 millions d’euros en 2019) enregistre même une croissance à deux chiffres. La société utilise d’abord le chômage partiel, mais ne sollicite pas le prêt garanti par l’Etat tout de suite. « La situation était saine. Je ne l’ai pas souscrit qu’en juin 2020, incitée par mes conseils dans un contexte de manque de visibilité », relate la dirigeante.

Obtenu auprès de sa banque « sans difficulté » pour un montant de 200.000 euros, le PGE reste intact huit mois plus tard. « C’est un confort d’en disposer dans un contexte morose et incertain, mais c’est aussi un mirage, car ça reste une dette. Je n’envisage pas de l’utiliser », confie Karine Le Bossé. Cette dernière préfère redimensionner ses charges fixes, accélérer sa digitalisation et ses démarches commerciales. « J’ai même gagné de nouvelles parts de marché », glisse-t-elle. L’heure de la décision de le rembourser approche. « Certainement en juin, mais je n’ai pas encore tranché. Sa présence libère l’esprit pour développer sa stratégie et manager ses équipes. Il rend mon quotidien plus léger, malgré le brouillard qui persiste », souligne la chef d’entreprise.

· Enjoy Events (Salons professionnels) utilise le PGE « pour survivre » et compte le garder le plus longtemps possible

Enjoy Events réalise des stands pour les Salons professionnels.

Alexandre Bunzli, gérant de Groupe Enjoy Events, est bien décidé, il demandera le report d’un an pour rembourser son PGE. Son entreprise basée à Ingersheim (Haut-Rhin) réalise d’ordinaire les deux tiers de son activité dans la création de stands haut de gamme pour les Salons internationaux. Le reste relève du domaine des sons, lumières et vidéo. Il a « souscrit le PGE à 100 % de ce qui était possible », soit 468.000 euros, frappé de plein fouet par la réduction de son activité. Mais l’obtenir n’a pas été une mince affaire. Le code APE dont l’entreprise disposait au printemps 2020, relatif à l’agencement de lieux de vente, n’y était pas éligible. Il a fallu renouer avec le code activités de soutien au spectacle pour débloquer les fonds. « Nous avons commencé à piocher dedans pour survivre, alors que son but est normalement de nous aider à relancer l’activité… Nous sommes en train de nous surendetter », déplore le gérant. Ses autres prêts bancaires ont été gelés.

Il pense pouvoir tenir encore un an grâce au dispositif. Son activité, très dépendante des événements de plus de 5.000 personnes, a enregistré une perte de 90 % de son chiffre d’affaires (1,2 million d’euros en 2019) au début du Covid. Depuis, la situation ne s’est guère améliorée. La digitalisation de l’activité sons et lumières limite aujourd’hui les pertes à 80 %. De quoi remobiliser des salariés et développer de nouvelles compétences, mais pas combler le déficit. La société sort 36.000 euros chaque mois pour payer loyer, leasing ou encore amortissement de matériel. Le fonds de solidarité s’élevant à 10.000 euros mensuels. Le dirigeant souligne aussi le cas des salariés qui partent faute de visibilité sur l’avenir de l’entreprise. Trois, sur un effectif de treize personnes, ont fait ce choix. Soit, pour Alexandre Bunzli, « dix ans de recrutement et de formation qui partent à la poubelle ».

Solidarité avec les entrepreneurs
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